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Comment VRAIMENT reconnaître un informaticien ?

Cette vidéo a été faite par eux :

http://www.mjscomputers.net/

Le site, sur quatre images, il y en a deux qui sont vraiment très loupées et qui gâchent passablement le message…

Mais par contre, le message publicitaire qui tient sa promesse, qui se mouille la chemise, qui met ses couilles sur le bar pour te convaincre d’acheter pour la bonne raison qui paraît maintenant tellement évidente :

To play ZX81  Manic Miner, Please visit http://www.mjscomputers.net/

Bon, commençons par le début. Je cherchais des articles sur le ZX81 de mon enfance, et je tombe sur cette vidéo de cet ordinateur minuscule, l’Ancêtre de tous les micros actuels, le premier ordinateur tout petit tout mignon, donc forcément très moche, mais c’était le seul, et le monde a vibré peut-être un an ou deux derrière le Sinclair ZX81, 4 kilo octets de mémoire vive, 4000 octets, 128 000 entitées logiques infinitésimales qui te promettent de pouvoir créer tes propres programmes. Ta machine, quoi.

Si c’est pas important ça.

Un objet se branche sur ma télé, et je peux pour la première fois dans l’histoire le programmer pour lui donner des calculs à réaliser, à me restituer à mon bon vouloir. Des esclaves à mon services. La victoire cruciale et presque finale de la bataille de l’homme contre la machine.

1-0

On venait de se rencontrer, il fallait mettre les choses au point tout de suite.

Manic Miner, c’est un jeu auquel j’ai joué sur l’Oric Atmos chez Cyril villa de Savoie (enfin Savoie que de nom). Le premier grand jeu de plate-forme avec trois commandes possibles, gauche, droite et saut.

A cette rencontre, tu m’as parue plus enjoleuse, intrigante. Une machine simulait pour moi mon microcosme personnel d’endroits qui n’existent pas. Oui enfin, je ne vais quand même pas cracher dans la soupe, mais tous ces univers à créer, ça doit rendre un peu schizophrène à la longue, non ?

Bon je ne trouve pas la version Oric Atmos…

Bref grâce à Manic Miner, j’ai compris vers 11 ans qu’il y avait encore tout un univers à découvrir dans nos ordinateurs et que les possibilités étaient illimitées. Alors finalement, je ne sais pas si je suis ce qu’on appelle un informaticien avec toute cette saine condescendance.

L’informatique c’est quand même, à la base, le fruit de la réflexion sur un problème simple : comment on va faire pour faire comprendre à cette connasse en silicone ce qu’on veut qu’elle fasse pour nous ?

Le bon informaticien est cet être humain qui arrive à faire fermer la gueule de cette pute. Le savoir de cet homme, très calme et discret mais qu’on pressent profond, multifacette, limite en string de cuir, est ibcroyable et reconnu par tous comme tel. Le petit PC Man, avec ses petits doigts boudinés, il a codé des programmes qui lui niquent bien sa race ,et qui l’obligent à bosser un peu.  Elle lui obéit comme un chien d’aveugle, et elle a intérêt, sinon il lui envoie tout dans sa grande gueule de conne, le clavier, la souris. Quand il le veut, hein, il fait ce qu’il veut avec la machine. Le gars, quand il veut il lui met les abeilles jusqu’à ce qu’elle crache le morceau et qu’elle obéisse, et fissa cette feignasse…

C’est une image adéquate d’Internet.

Mais revenons à la vidéo qui est pour rappel une émulation d’un jeu vidéo où quelqu’un joue sur une ordinateur mythique car primordial (moins de 500 francs !). On ne voit que le résultat en live du jeu à l’écran et bien entendu pas le joueur. Cette vidéo montre un jeu fluide que l’on arrive facilement à comprendre. J’ai identifié de mon oeil de faucon quel personnage était celui manié par le joueur, et même si les sauts étaient plus courts ou pas que sur la version Oric Atmos. Je crois même reconnaître un niveau auquel j’ai déjà joué, et que le joueur de cette capture vidéo maitrise comme un dieu.

Mais bon sang mais c’est bien sûr !

<!– début P3 –>

Le mec, il a réussi l’incroyable tour de force technique qui inspire un grand respect de ses pairs (j’y reviendrai).

Cet homme sait faire tourner un ZX81 sur un PC moderne. Il a compris comment modéliser dans un langage informatique tous les composants physiques du petit Sinclair, y compris son coeur, ce magnifique Z80 avec 4ko de mémoire et 4Mhz de cadence, en le reconstituant dans un programme de son choix et a produit cette émulation. Ce génial codeur l’a décorporé, lui a volé toutes ses entrailles, et l’a foutu à la poubelle. Le mesquin boîtier n’est plus avec nous, mais il est intégralement stocké et répertorié dans les mémoires de nos ordinateurs dernier cri.

<!– fin P3 –>

Le ZX81 est le premier grand phénomène, phénomène que je viens de décrire au paragraphe précédent, et que j’appellerais pour plus de simplicité P3 (Phénomène Paragraphe Précédent).

Le phénomène P3 a alors pri s de l’ampleur, les nouveaux modèles d’ordinateur chassant les anciens.

Moi j’étais dégoûté. Pour une raison obscure, le choix de mon premier ordinateur s’est mal passé. Mon choix a très rapidement montré sa propre consternation, car mon choix lui-même se consternait d’étonnement devant mon choix. Très, très vite à côté de la plaque, à la ramasse, surpassé par le nouveau modèle qui vient de sortir et sur lequel il y a TOUS les jeux. Micronique Hector  2HR+, je te pisse toujours à la raie. Trop gros, trop cher, trop lent, trop con, trop abscons.

Est-ce qu tu as déjà essayé un émulateur Hector 2HR+ ?

Quelle erreur, la plus grosse de ma vie.

Mais attends voir, j’aurais PU acheter un Oric Atmos. Le paléontologue déclare les deux espèces contemporaines l’une de l’autre. Elles AURAIENT pu s’entendre et éviter le combat à mort. Mais elles ne l’ont pas fait. Ca prouve bien qu’elle étaient conne, non ? Quand j’ai acheté mon Hector 2HR+ à Corbeille Essonne, l’Atmos était en vente également, c’était un choix documenté, étayé et mûrement réfléchi.

Bref Cyril, ton Atmos, j’avoue que je lui carressais ses touches aussi quand tu tournais le dos. On a eu des relations lui et moi. Tactiles, sensuelles, avec son haut-parleur sous le clavier, sa jupe rouge et son clavier noir rugueux au toucher mais très agréable à enfoncer : la touche s’appuyait comme quand on appuie sur un chamallow, et terminait par un bruit sec très aigu, qui semblait dire : je suis une petite bête, j’ai une petite voix, j’ai besoin de toi pour me protéger.

On avait bien préparé et enregisté sur une cassette au magnétophone un canular téléphonique. Le téléphone sonne, la dame décroche, ne se doutant de rien dit :

– Allo ?

J’appuie sur Play au magnéto de l’Atmos (qui permet au passage, si il y en a un qui suit, d’enregistrer et lire les programmes du monstre).

– Bonjour Madame, c’est la Balise de France Culture, notre grand jeu radiophonique national qui est aujourd’hui l’invité de la ville de Clisson et des cacahuets Benenuts. Voulez-vous tenter de gagner le banco en tentant de répondre à cette question ? Alors c’est oui ?

– Euh… oui !

– Alors nous allons déclencher le chronomètre, attention, vous êtes prête ?

– Euh… oui (air, d’un seul coup intéressé, commençant à flairer l’occasion de gagner de l’argent ce qui prouve cent fois comme en mille qu’elle est tombée dedans puisqu’on aurait pu en avoir besoin de cette manne flouzesque si facile et presque déjà dans la poche tout cuit)

– C’est parti. Voici la question : ” Quelle est la différence avec un pigeon”. C’est à vous, quinze secondes.

(son informatique “ping” toutes les secondes comme dans le Jeu des Milles Francs

Programme qui fait ce ping :

Pour rappel, l’oric Atmos avec ces effets sonores disponibles directement dans la mémoire morte : EXPLODE, SHOOT, ZAP, PING. Tu tape les lettres du mot “PING”, et l’ordinateur fait “ping”.

Source du programme opensource sous licence GNU

10 WAIT 10
20 PING
30 GOTO 10

< balbutiements, puis… des mots réfléchis mais confus, impromptus, plein de surprise et d’impuissance >

– Euh désolé, je n’ai pas compris la queuhstion, vous pourriez répéter s’il vous plaît nonobstant votre respect ?

< tentative vaine de se faire entendre et de clamer qu’on est la victime, mais c’est trop tard, bien articuler les mots n’aura rien amené de plus, 10 secondes pour leur faire réussir à interrompre le compte à rebours, contre tout règlement, et répéter la question mal entendue.  Limite à s’approcher en loucedé de l’étagère du Larousse, de toute façon, tout le monde fait ça. >

– Ah perdu, dommage madame, nous allons prendre une autre auditrice en ligne. Madame, je vous passe notre standard pour choisir votre lot de consolation, au revoir.

# la voix change, normal c’est maintenant la mienne sur la bande #

– Bon jour Madame.

– Bonjour.

– Alors pour choisir votre lot de consolation, vous devez choisir un nombre parmi la liste que je vais dire et me donner votre choix. D’accord ?

– Oui d’accord.

– Voici la liste : vingt-trois, chlouze, katoze cent blouse, katozdouz, et tomate.

@ temps mort pour la réflexion @

– 23

– Ah non madame, quel dommage (quelle journée naze), vous n’avez pas gagné la “Audi 100 C CHER” qui était en jeu. Mais vous ne partez pas les mains vides puisque vous avez gagné… un batteur électrique !

– Ah ben merci, merci beaucoup…

– De rien, merci madame au revoir.

– Au revoir ! {d’une voix qui j’espère illustrait sa complicité. Soit c’est vraiment la télé, soit c’est un truc fait par des rigolos, en tout les cas, j’ai mon rôle à jouer. Je dois rester correcte, aimable autant qu’il m’en sera possible}

Quelle poilade mémorable. Je devais avoir onze-douze ans. On en a jamais refait des coups pareil, et ça prouve bien quand même qu’on avait mieux à faire. C’est dire !

Voilà ce qu’on faisait pour s’amuser avec un ordinateur à l’époque. Rien que d’y penser, je pourrait presque en rire spontanément.

A partir de ce moment, pendant 15 ans, quand tu achetais un ordinateur, tu allais, tôt ou tard mais plus tôt que tard, être la risée des autres.

Bon, ce sentiment, précisémment, c’est celui que tu donnes aux autre gens qui ont un ordinateur plus récent que le tien et qui te relèguent au rang des ignorants. Ils se moquent de toi comme si tu avais été la victime de ce canular de gamins. Mais comment tomber dans le panneau, c’est tellement grossier que, moi, je ne me serai pas fait prendre.

Toujours est-il qu’un jour, enfin, il est là, par terre et signe d’allégeance.

Tu ne l’admireras jamais plus que là, dans sa boîte, merveilleux, endormi. Il va devenir ton meilleur ami pour la vie.

Mais bien sûr à la première occasion tu lui trouves un remplaçant, tu VEUX le remplacer, tu ne penses qu’à ça, tu en as honte comme quand tu t’es fait choper en matant la petite Lucienne dans la salle de bain par le trou de la serrure. Tu dois laver ton honneur et reprendre de l’avance à ton tour sur les autres.

Hélas, je suis resté avec mon Hector 2HR+ pendant 6 ans, près de 1400 jours, à jouer sans m’amuser, copier des listings de jeu sans m’enthousiasmer, programmer des jeux trop lents pour être jouables car tu ne sais pas programmer en assembleur et que PERSONNE même dans ton entourage lointain ne sait programmer en assembleur. Tu es seul, il fait froid, tu te réchauffes un peu les mains en frottant un magazine, spécialisé sur ton ordinateur, acquis à prix d’or, car ces revues, ça ne se trouve pas du tout n’importe où. Il faut éventuellement se rendre à une journée porte ouverte dans l’usine française qui fabrique mon ordinateur (no pub!), et reluquer du côté du stand des revues. Tu es dans le seul endroit dans l’univers où tu peux dénicher de la documentation sur notre bête de concours. L’Hectorien n4, le dernier avant la faillite, et un nouveau lexique des fonctions du langage BASIC, plus fourni que celui fourni avec la bête.

Mais ça ne change rien. Tu utilises l’Amstrad du voisin, mais c’est juste pour jouer, et coder très peu. Tu fais le con avec l’Atmos d’un autre voisin. Putain de 6 ans, de onze à dix-sept ans. J’en ai vu passer des ordinateurs :

ZX81, Commodore, ZX Spectrum, MSX, Alice, TO7, TO7 70, MO5, Atari 400, 800, 520STF,1040, Amiga, Amstrad 464, 664, 1024, PC 1512, Apple IIe, Apple Macintosh, Einstein, NeXT, Sun, et PC (je détaille pas !).

Voilà ce qui m’est passé dans les mains, et je n’ai jamais été foutu d’apprendre le langage machine, et quand j’en ai eu l’occasion en 96, c’était trop tard pour moi. J’avais été largué.

Puis ça a duré pendant une quinzaine d’années. Une quinzaine d’années, la mort de centaines de modèles d’ordinateurs, un véritable génocide. Leur mémoire, leur langue, leurs programmes, leur corps, tous disparaissent. Et tout le monde ou presque s’en fiche. Sauf les informaticiens, qui sont touchés dans leur coeur par tant de souffrance à leur mémoire.  Les vieux circuits imprimés ont trouvé refuge chez quelques illuminés disparates, mais l’essentiel de cette culture est sur nos PC grâce aux émulateurs . Oh, ils ne sont pas beaucoup, il y a plus de chance de mourir du cancer que d’en croiser un spécimen au Jardin des Tuileries.

La grande bataille des machines a eu lieu. Il ne devait en rester qu’un… ou deux !

 

EDIT DU 24/8 : j’ai été encore une fois très mauvaise langue puisque le site en question propose VRAIMENT de jouer à Manic Miner :

http://darnkitty.com/manic/ManicV2.swf?q=75&q2=71&q4=88

Héhéhé !